La collection automne-hiver 2026 de la marque américano-japonaise Taiga Takahashi (ou T.T, pour les prouveurs) prolonge une fois encore le geste d’un créateur parti trop tôt : une tentative de « reconstitution ». Le fruit de recherches historiques et culturelles, mettant ici à l’honneur le monde postal américain de la première moitié du XXe siècle.
Blousons cropped, pulls et sweat-shirts ultra boxy aux manches à bords-côtes longs, cardigans et vestes sack coat à boutonnage croisé (et on ne plaisante pas avec le nombre de boutons), shearling, pantalons amples en laine à rayures, duffle-coat, évidemment du denim… Les vestes s’arrêtent haut sur la taille, les pantalons tombent larges et souples. Et toujours cette impression de fluidité paradoxale. Le tout est souvent flou, en noir et blanc, accompagné d’une neige qui pourrait très bien passer pour du grain ou de la poussière. Car l’appareil photo est centenaire, et les fringues photographiées ont pour ambition de l’être un jour.










J’ai déjà évoqué le lien entre les lookbooks Taiga Takahashi des saisons dernières et les photographies de mode d’Irving Penn des années 1950, qui mettaient en scène les travailleurs américains, leurs uniformes et leurs accessoires. C’est encore plus évident ici : besaces oversized qu’on pourrait bourrer de lettres manuscrites, gavroches, mitaines et cravates.
Seule une poignée de clichés, cette fois en couleur et parfois nets, nous permet d’entr’apercevoir une palette de marrons, de beiges, de noir et d’indigo. De belles teintes pour de belles matières — nous rappelant que ces images ne sortent pas vraiment d’une boîte de photos oubliée.
De quoi séduire ceux habillés en demi-mesure, toujours foireuse, ou en cosplay Peaky Blinders encore plus cheap, qui nous parlent d’élégance et dont on pourrait résumer le propos à « c’était mieux avant » ? Peut-être. Mais je ne pense pas. Car il y a la mode nostalgique, celle des réactionnaires et celle du biais du survivant. Et puis il y a la mode qui recontextualise. Qui va piocher dans un registre peu exploré (le workwear des postiers : pas moyen de nous balancer une photo de James Dean) pour mieux faire advenir du nouveau.
Le workwear de Taiga Takahashi, même quand tous les efforts semblent mis au service de l’hommage appuyé, est fondamentalement très contemporain. Des coupes au propos. Ou plutôt : faussement anachronique. Il nous invite bien davantage à apprécier ce que nous sommes capables de faire aujourd’hui qu’à souffrir de la comparaison avec un passé fantasmé et surexploité symboliquement comme commercialement.
Car les fringues de travail d’hier, spoiler alert, n’étaient pas fabriquées par les meilleures usines du Japon ni teintes sumi ou kakishibu.





