CTR #1 – L’habit peut faire le moine mais se fout bien du genre

victoire satto nanaboyish
#cettetenueraconte – Victoire Satto – #NanaBoyish & sashiko

Un corps féminin à la silhouette boyish. Aucun doute : she’s a she.
Que fait-elle sur un site de mode masculine ? Qu’a-t-elle à nous apprendre qu’on ne sache déjà porter ?

Vous permettez que j’emprunte les codes masculins ?

Bonjour la commu, enchantée, moi c’est Victoire. Loin de moi l’idée d’influencer ton style, c’est au contraire en espion que je m’infiltre ici.

Piquer dans le dressing masculin est mon jeu favori. D’abord, parce que ça ne chahute en aucun cas ma féminité et que pour une raison que j’ignore, l’inverse n’est pas vrai. Aussi j’aimerais fort que cette chronique de #NanaBoyish (une femme aux allures de garçon) se transforme en #WomanishFellow (un homme qui emprunte des codes féminins ; ça claque moins comme expression mais que voulez-vous, on n’est pas tous égaux et pour une fois on prend l’avantage), histoire que les mecs réalisent que les apparats présumés féminins sont décorrélés de la virilité. Ça ferait du bien à l’humanité toute entière.

victoire Satto look shako

Ensuite, parce que le terrain de jeu est immense, tant il y a de façons d’exploiter une pièce qui ne nous est pas prédestinée. Une bomber jacket peut être nonchalamment posée sur des épaules par dessus une sleepdress en soie ; ou bien les manches relevées aux 3/4 sur une combi et des loafers ; mais en encore en combo oversize, une chemise blanche d’homme rentrée avec un air faussement négligé dans un jog Y-3.

“Emprunter des pièces au dressing masculin n’est pas doubler mais multiplier à l’infini les possibilités créatives.”

Autre argument de taille : la suggestibilité. Les centimètre carré de peau sont dévoilés avec parcimonie, la dentelle d’un soutien-gorge entre deux boutons d’une chemise en denim XL Levis vintage, la ligne d’une épaule dans le bâillement d’un pull shetland à col cheminé. Les courbes se devinent dans un ballet de mouvements qui laissent envisager les contours d’une silhouette, finalement révélée -peut-être– au grand jour lors la première nuit où l’être sera dévêtue. Le Graal du style n’est-il pas de susciter chez sa moitié l’ambivalence, entre l’envie de nous contempler et celle de nous déshabiller ?

 

chemise levis oversize veste travail sashiko

Plus terre à terre, la #NanaBoyish sait que recouvrir amplement sa chair est aussi une manière efficace de se protéger des injonctions, des sifflements et autres apostrophes pluriquotidiennes la résumant à un objet sexué (je vous renvoie à 24h pour vous mettre dans la peau d’une femme).

Remettre en question les principes établis

Composer une silhouette avec des pièces du vestiaire masculin, c’est déconstruire un mode d’emploi, questionner les codes sociétaux, démanteler le Rubik’s Cube de l’hétéronormativité dont on a appris la méthode de résolution imposée comme étant l’unique… À grands renforts de codes couleurs bleus et roses, et de stéréotypes qui rassurent.

“Les évidences sont des commencements” Michael Dandrieux, sociologue de l’imaginaire

Dans l’imaginaire collectif, la mode n’est pas supposée être une discipline cérébrale, pourtant il n’y a pas beaucoup plus satisfaisant que d’y réfléchir et de découvrir ses propres clés de voûte. Trouver son style est la quête d’une vie. Cela prend du temps, de la réflexion, de la connaissance de soi et de celle des vêtements. Pour cela, il faut s’y intéresser et considérer chaque pièce comme faisant partie d’une palette de coloris dans le nuancier de notre dressing. Chaque matin, c’est à nous de composer la toile-à-porter pour cette journée à venir. La remplir de codes couleurs, esthétiques mais aussi de valeurs, morales, sociales, politiques… et d’empoigner ce merveilleux pouvoir qui nous est donné au quotidien d’exprimer une opinion à travers nos costumes.

Alors cette tenue, finalement ?

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veste de travail vintage brodée sashiko – chemise en denim vintage Levi’s – pantalon blanc vintage – chaussures Stella McCartney

Elle est composée d’une veste de travail vintage en moleskine bleu des années 60, chinée par un autre cher et qui me connaît bien, sur laquelle j’ai apposé un motif à la main selon une méthode de broderie traditionnelle japonaise, le sashiko.

Le sashiko est initialement une pratique rurale de communautés pauvres, utilisée pour repriser, rapiécer, réparer les vêtements. À l’instar du streetwear (on parlerait plutôt ici de « style des champs » ?), cet artisanat des rues est devenu un art de luxe avec le temps. Je suis tombée dedans comme on tombe amoureuse, au détour d’un livre et d’une conversation. Je n’ai pas cessé depuis, passionnément et dans l’intensité habituelle avec laquelle je m’adonne à une nouvelle discipline. 6 mois plus tard, 6 vestes à mon actif, toutes chinées, sur lesquelles un motif unique est brodé. Elles sont signées et numérotées, je les garde, les offre ou les vends. Dans les trois cas, ça remplit mon cœur de joie.

veste travail moleskine sashiko
veste de travail en moleskine entièrement brodée façon sashiko – #NanaBoyish

Le sashiko sur cette veste a nécessité entre 20 et 22 heures de travail. C’est ma 2e. Il s’agit d’une taille M et d’une coupe droite masculine, avec la particularité d’un col arrondi qui signe son époque (c’est assez rare, le chineur est un fin connaisseur).

En dessous, je porte une chemise en jean Levis vintage des années 90, taille XL également pour homme (la fameuse !). Je la porte indifféremment : cintrée avec une ceinture, rentrée dans un pantalon taille haute ou vraiment loose comme ici par dessus un pantalon lui aussi oversize.

 

chemise en denim Levi's vintage oversize

C’est un pantalon pour femmes en toile de coton fine et blanche. Je dirais qu’il date aussi des années 80, ample aux hanches et jambes droites resserrées, taille très haute qu’on voit pas ici, avec trois plis antérieurs de chaque côté. Il vient d’une vente privée vintage de la rue du Château d’Eau, chiné en 2018.

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Ces plateform shoes sont un trésor, made in Italie et vegan, en velours noir ras, signées, Stella McCartney. Japonisantes et graphiques, elles me donnent la sensation d’être en lévitation et ajoutent 8cm -l’air de rien- à mon allure. Je dépasse le 1m80 et je ne me sens pas particulièrement virile. Une autre idée à déconstruire #JustSaying ?

Des ongles rouges laqués comme des miroirs, une bague en céramique, architecturale et texturée comme l’a été pensée la tenue dans son ensemble, un anneau large en argent martelé et poli (qui pourrait donner des idées à d’autres).

 

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bague en céramique

Au final, cette tenue raconte…

… l’histoire d’une passionnée de vêtements dont le genre est humain. La #NanaBoyish prête à en découdre avec les préjugés sur l’identité qu’aimerait nous servir le prêt-à-porter.

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