Arpenteur SS26 : L’été sans se trahir ?

L’une des choses que j’aime le plus chez les boutiques japonaises est la transposition de la culture magazine de mode singulière du pays, qui tient souvent du catalogage, en modèle de vente à part entière. Il ne s’agit pas seulement de faire de l’éditorial en plus des packshots, mais de présenter en grand détail chaque pièce. « Traditionnellement » sur un blog, à l’écrit, comme l’excellent du gérant de Casanova&Co. Et puis, plus récemment, en vidéo. Il m’arrive ainsi de taper régulièrement sur Youtube le nom d’une marque suivi de la saison qui m’intéresse et de tomber sur un gars sympa, qui parfois fait ma taille pour 20 kilos de moins, certes, essayant des pièces et me donnant son ressenti via une traduction automatique qui n’arrive pas à suivre. Peu importe, l’essentiel est là.

Une pratique très répandue sur Instagram également où vendeurs se mettent face caméra pour montrer des collections entières sur leurs propres corps avant de répondre aux questions posées en live. Le truc le plus fou que j’ai vu est peut-être le format de la chaine ArkNets, pas loin d’une émission TV avec de la Breaking News. Bon, tu vas me dire que je suis en train de m’exciter pour du téléachat. C’est peut-être un peu vrai. Mais ce que j’aime ici ce n’est pas la vente en gros de trucs dont personne n’a besoin. C’est l’approche extrêmement nerd de pièces passionnantes et dont les fiches produits, même touffues, ne peuvent rendre compte d’un drapé, d’un lustre, d’une façon de porter.

Arpenteur collection printemps / été 2026 Maidens
Arpenteur printemps / été 2026

Ainsi j’ai eu, moi aussi, l’idée de jouer au camelot en rendant visite à Arpenteur le temps d’essayer toute la collection printemps / été 2026. Presque toute, mais ça sonne moins bien. Bien sûr cela aurait été parfait en vidéo, mais les mots ont leurs propres vertus.

Voici les détails pratiques, avant que j’oublie : je fais 1m88 pour 73 kilos. Je porte généralement du L chez Arpenteur, parfois du XL. 32 pour les pantalons. Références des pièces qui sont sur la plupart des photos : t-shirt gris Batoner (normandy linen) en T3, cargo Arpenteur (sample), mocassins Dries Van Noten.

Essayer toute la collection Arpenteur printemps / été 2026 est une bonne idée

Quelques remarques, avant de rentrer dans le vif du sujet. Je n’ai jamais été client des collections été Arpenteur, tout ce que j’ai chez moi se porte plutôt l’hiver. Ma marinière manche trois quarts, maille Rachel, est la seule exception (et on va en parler). Je n’avais donc pas d’attente particulière, car j’ai de toute manière accepté, comme chaque lyonnais, qu’aucun vêtement ne peut nous délivrer de la canicule qui commence dès le printemps. Mais il y a évidemment des manières de souffrir qui sont différentes. L’objectif est simple : le moins possible. Et avec le plus de style possible.

Et je suis heureux de constater que Marc Asseily et Laurent Bourven n’oublient pas leurs voisins au profit des modeux tokyoïtes. Je ne vais pas non plus en faire trop et dire que tout ce que j’ai essayé est portable sous 35 degrés à l’ombre, mais je constate que les matières choisies, les grammages, les coupes, et le stylisme même tiennent vraiment compte du climat. La montée en gamme d’Arpenteur, que je documente et apprécie grandement depuis quelques saisons, se concrétise ce printemps par des matières naturelles très bien travaillées. Lin high twist et coton Giza au toucher sec et craquant à la japonaise, blend coton lin à l’apparence irrégulière, coton double cloth très doux et léger, blend coton nylon « technique » pas loin d’un rendu typewriter

L’évolution avec les saisons passées est pour moi évidente, et je pense qu’il serait dommage de catégoriser systématiquement Arpenteur comme une marque « meilleure en hiver » et d’ignorer de très belles pièces. Je montre l’exemple.

Les pièces Arpenteur SS26 en maille Rachel

J’aurais pu mettre toutes les photos dans le désordre de l’essayage, car c’était bien la réalité de l’exercice, mais je n’arrive pas à m’y résoudre. Alors faisons les choses intelligemment afin de répondre à la question que je me suis posée avant d’essayer tout ça : est-ce que le workwear-chic existe encore sous 30 degrés ? Par famille de matières donc, en commençant par la plus représentée et la plus représentative de la marque : la maille Rachel.

Un tricot chaîne à structure ouverte, historiquement utilisée pour les marinières de la Marine Nationale. Arpenteur la fait tricoter sur d’anciens métiers spécifiques. Indémaillable (car structure en filet), respirante malgré son poids, avec ce relief discret en surface et un certain tombé qui la distinguent d’un jersey ordinaire. Le mot clé ici est « respirante ». C’est évidemment relatif à chacun, au climat (humide vs sec, par exemple). Prosaïquement on parle de coton avec une certaine tenue et donc un peu épais.

  • Arpenteur ss26 opto pastel woad
  • Arpenteur Maille Rachel
  • Opto arpenteur printemps été 2026 woad
  • Polo Rachel brown
  • Maille Rachel polo

Alors je vais parler pour moi, et pour moi seulement. Il m’arrive de porter régulièrement mon tee en maille Rachel par fortes chaleurs et je le vis bien. La matière a tendance à tomber droit. Les pièces proposées sont logiquement amples et la structure laisse passer l’air.

J’ai essayé le modèle « Polo » et la chemise « Opto ». Les manches courtes et généreuses du premier sont un avantage certain, mais le poignet boutonné de l’Opto permet de retrousser les manches. Dans les deux cas le col est pensé pour être porté ouvert, sa bonne tenue rappelle le camp collar estival (notamment sur l’Opto). Pas classique, comme pouvaient le laisser imaginer les packshots. Bref, c’est certainement plus adapté à un été moins infernal que les nôtres, mais ce sont à mon sens des pièces quatre saisons (quitte à prier pour des soirées un peu fraiches si tu finis en manches longues). Toute une collection, peut-être un peu trop fournie par ailleurs (« Pontus », « Rachel », « Coral », « Opto », « Marinière »), qui est parfaite pour ceux qui aiment porter du tee structuré et protecteur, non transparent, et qui ne froisse pas.

Les teintures au pastel

Bouton en nacre teint au pastel

Avant de passer à la suite, un petit mot sur la teinture au pastel qui produit le bleu inhabituel que tu peux voir ici : c’est superbe. Mais, comme je l’imaginais, une vraie tannée à produire. Arpenteur travaille le woad depuis les tout débuts de la marque, je l’ai appris aujourd’hui, et cela reste quand même très compliqué pour eux d’obtenir un résultat facile à répliquer en série. Il y a toujours une petite part de hasard. Chaque matière accepte la teinture d’une manière différente. La maille Rachel n’aime pas trop ça. Les extrémités (manches, col…) accrochent moins bien. Il faut prévoir le rétrécissement… Bref, c’est loin d’être parfait.

Arpenteur est l’une des seules marques à se prendre la tête pour nous proposer des teintes naturelles aussi subtiles via ce procédé (réalisé par un seul artisan en France…), des bleus aussi intéressants sur toute une gamme de matières différentes. Du coton à la nacre des boutons qui habillent l’Opto, par exemple.

Les pièces Arpenteur SS26 en popeline de coton Giza

Restons dans le coton avec une nouveauté de cette année : une popeline japonaise en coton Giza, fibre égyptienne aux fibres extra longues, développée spécifiquement pour la marque. Une matière luxueuse mise en valeur par deux chemises : la minimaliste « Doris » à manches longues et la « Square » à manches courtes et ses poches poitrines carrées. Je me suis concentré sur la première, car j’essaye actuellement d’étoffer mon pauvre chemise game manches longues en regardant du côté, surprise, du Japon. La réponse était peut-être sous mes yeux.

Le choix d’un traitement garment-dye, teinture appliquée en plongée sur la pièce montée en toute fin de production, n’est ici pas le signe que la marque fait des économies sur notre dos. Mais pour au contraire faire ressortir le caractère du tissu par le lavage. Les fibres sont assouplies, mais le « craquant » est toujours là.

  • Arpenteur ss26 Doris
  • Doris Arpenteur chemise
  • Doris giza charcoal

La main reste sèche, mais le tombé moins rigide. Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, la teinture est ici régulière — le Giza accepte la couleur de façon uniforme. Pas d’irrégularités aux coutures, pas de zones plus claires. La couleur est profonde, jusqu’aux boutons recouverts de tissu (j’aurais préféré de la nacre, mais j’apprécie le jusqu’au-boutisme et le minimalisme de l’approche).

Portée, la Doris est assez ample et longue. Le modèle existait déjà auparavant, mais les volumes ont été retravaillés. La matière, fine et dense, est vraiment très agréable. Le col n’est ni trop grand ni trop petit. Bref, tout ce qu’on attend d’une chemise oversize à rentrer dans le pantalon (pour marquer la taille et mettre en valeur un tissu qui bouge très bien) ou au contraire à laisser vivre sur un short bien ample. Si j’ai jeté mon dévolu sur la version charcoal, précisons qu’elle existe également teinte au pastel !

Les pièces Arpenteur SS26 en coton double cloth

Deux paragraphes rapides sur une matière qui mériterait certainement davantage de mots, mais je n’ai malheureusement essayé que le pantalon « Repos P » en coloris bleu marine. Je peux quand même imaginer le tombé de la veste « Repos J », que nous verrons un peu plus tard, et te donner mon impression : c’est trop bien. Je pourrais m’arrêter là, mais voici quelques arguments. D’abord, si le « double » dans double cloth peut faire peur — quelle idée de doubler la mise en été — c’est une erreur de le croire.

  • Repos P double cloth midnight blue
  • Arpenteur collection printemps été 2026 Repos P

Ce tissu en deux couches, tissées simultanément sur le même métier et non pas collées, permet ici d’obtenir une matière fine, mais non transparente et avec une certaine tenue. L’apparence un peu lisse, formelle, est déjouée par une coupe généreuse et un tombé qui peut rappeler la laine froide. Car, en dépit du nom, le résultat est une structure aérée, j’avais l’impression de ne rien porter. La taille élastiquée, le cordon de serrage… On est exactement dans l’interprétation Arpenteur du easy pants. L’ensemble formé avec la veste est le genre de costume informel que j’aime beaucoup personnellement.

Les pièces Arpenteur SS26 en lin

J’inclus les mailles en blend coton-lin dans cette catégorie. Mais commençons par les pièces plus estivales : la veste « Sigma » en coloris greige est ma surprise de la collection. Enfin, je l’avais déjà dans le viseur l’hiver dernier alors qu’elle était proposée dans une très belle gabardine de laine high twist motif pied de poule. On garde le fil tordu à l’extrême, encore une fois une approche très japonaise, et on remplace la laine par le lin. Un beau lin qui froisse bien. C’est-à-dire élégamment, avec de petites rondeurs. Pas le lin steamé à mort en boutique et qui ressemble plus à rien la première fois que tu oses vivre avec ta fringue.

La coupe est belle, boxy et drop shoulder avec ce dos (très légèrement) élastiqué qui cadre le volume. Un blouson qui réclame un pantalon taille haute à pinces, mais qui fonctionnera également très bien en layering (si ce mot est entendable par ce temps).

  • Arpenteur ss26 sigma high twist linen
  • High twist japanese linen jacket
  • Sigma greige
  • Arpenteur short Atoll linen collection printemps été 2026 lookbook

Le coloris est très réussi, les imposants boutons sont harmonieux et rappellent la nature d’outerwear de la pièce. Les deux larges poches me font penser à la « Shirt Jacket » de Polyploid. Ref’ un peu obscure, mais je te la conseille également.

Après tant d’éloges, je me dois de mettre un petit caillou dans la machine. Le pantalon « Fox P » dans la même matière qui est sur le papier le candidat parfait pour l’été ne m’a pas tellement convaincu à l’essai.

C’est personnel, encore une fois, mais j’ai du mal avec les pantalons d’esprit tailleur avec un flat front, c’est-à-dire sans pinces. Le pli marqué compense et empire les choses à la fois, car je ne trouve pas la coupe assez large. La jambe se resserre visuellement trop vers la cheville, trop tapered à mon goût pour ma taille. J’aurais plutôt tendance à te conseiller le short « Atoll » à la place, dans la même matière. Le volume à la cuisse est similaire.

Deux mailles en coton-lin

Petit aparté avec les deux pulls de cette collection printemps / été 2026. Oui, j’ai dit pull et c’est douloureux. Les modèles « Standard » (col rond) et « Mile » (col polo) sont deux variations autour d’un même jersey coton-lin italien à la main sèche. Ce dry touch que l’on a tendance à fuir en hiver au profit de la douceur, du moelleux et du gonflant, est ici bien plus désirable. MHL est une marque qui travaille beaucoup ce genre de matières, tout comme Comoli dont le polo que je t’ai récemment présenté s’approche beaucoup du Mile aujourd’hui photographié. La philosophie est la même : volume maîtrisé par des bords-côtes, emmanchure large et confortable, drop shoulder très prononcé.

  • Mile knit coton lin polo
  • Arpenteur standard ss26
  • Mile close up
  • Arpenteur mile pale grey

La différence se joue sur le poids et la finesse du tricot. Comoli proposait quelque chose de quasi-formel dans l’esprit, Arpenteur du plus facile à porter. Et de la couleur. Gris, certes, mais un très beau chiné (fil moiré) pour le coloris pale grey. Si l’essai fut sans douleur et que je salue cette première tentative de la marque de nous proposer du bon knitwear estival, ce sont des pièces de mi-saison qu’il faudra tâcher d’oublier cet été (lyonnais).

Les pièces Arpenteur SS26 en coton-nylon

Si Arpenteur n’est pas une marque outdoor, chaque collection est caractérisée par une poignée de pièces axées « performance » qui doivent s’intégrer sans peine au reste du vestiaire. C’est-à-dire qu’on doit pouvoir porter un pantalon en laine et un beau pull avec une doudoune Primaloft l’hiver sans finir hors-sujet en ville. Cet été les très belles aspérités du lin comme les nuances singulières du pastel sur du coton texturé ne peuvent se prendre un mur de plastique lisse et brillant.

La problématique est la même que chez une marque que j’affectionne beaucoup : Yoko Sakamoto. La réponse aussi : ne pas résoudre la tension entre technicité et cohérence esthétique, quitte à choisir le compromis.

Arpenteur Air J coton nylon
Arpenteur Air J, en L

Un blend coton-nylon finement texturé (comme légèrement froissé, craquant à nouveau), avec un traitement DWR, et une belle prise de lumière. La très réussie « Air J » (désolé pour la photo à l’iPhone) n’a rien à faire en randonnée, ou sous la douche pour flexer sur les réseaux, mais devrait amplement te protéger du vent et des averses soudaines. Je n’ai pas essayé la « Novo » cette année, mais je trouve le modèle très cool également.

Les pièces Arpenteur SS26 en denim et moleskine

Cette collection printemps / été 2026 introduit une nouvelle coupe de jean que je me devais d’essayer : la « 4 Pocket (Big) ». Je pense qu’elle détrône aisément la « Superdad » d’orSlow dont je louais pourtant les mérites dans mon récap’ 2025 pour une simple et bonne raison : la longueur.

Le coloris noir washed est super, si comme moi tu n’aimes pas le denim noir uniforme. La toile (japonaise) est sympa et légère. La coupe est ample comme il faut, mais on en reparle juste après. Bref, du super jean simple et pensé pour les gabarits occidentaux. Mention spéciale à la veste en denim « Lux J » d’une élégante simplicité.

  • Arpenteur ss26 denim 4 pocket big made in france
  • 4 Pocket Big black
  • Lux J
  • Lux J denim jacket dark indigo
  • Arpenteur Lux P moleskine ss26
  • Arpenteur moleskine

Quant à la moleskine, matière pas commune et propre au workwear français, elle fait évidemment un peu tâche au catalogue. J’ai demandé la raison de sa présence, et voici la réponse : « parce que c’est beau ». Que dire de plus ? Pour sa défense, je n’ai pas trouvé ça bien plus chaud que le denim essayé juste avant. Et il faut admettre qu’il y a quelque chose de l’identité Arpenteur dans ces pantalons qui rappellent une époque où la marque pouvait être plus facilement enfermée dans un registre utilitaire.

Arpenteur x Maidens

Enfin, concluons par une collaboration que j’avais vraiment hâte d’essayer : la célébration de la relation durable entre l’excellentissime boutique japonaise Maidens et Arpenteur.

Un revendeur qui accompagne la marque depuis douze ans au Japon et dont l’ouverture d’une quatrième boutique à Tokyo se fête ici par une collection capsule comme toujours portée visuellement par Régric. Je n’ai rien contre les t-shirts graphiques, mais je me suis évidemment rué sur les pièces les plus prometteuses : la veste « Repos J » et le pantalon « 4 Pocket Big », ensemble dans un ancien coton-lin deadstock. La matière est superbe et très agréable à porter, et disponible lors de mon passage en version teinte au pastel. Pas certain d’avoir déjà vu un aussi beau bleu, que je trahis honteusement avec ma fitpic à l’iPhone. Ne rate pas le close-up, je me fais pardonner dans la foulée. On peut y voir toute la subtilité de la teinte, qui peut apparaître unie, et ces charmantes aspérités qui tiennent à juste distance l’idée du bleu de travail.

Ce n’est pas seulement la matière qui plairait certainement beaucoup à un Oliver Church, c’est aussi la forme. Les volumes, notamment du pantalon, évoquent Evan Kinori. Et puis la Repos J, libérée du double cloth, exprime une potentialité de chore jacket contemporaine, rugueuse et souple à la fois. La logique d’ensembles qui traverse toute la collection SS26 est ici parachevée par un duo qui représente à mon sens tout le chemin parcouru par Arpenteur, sans renier ses origines ni trahir sa direction nouvelle.

Retrouve toute la collection SS26 sur arpenteur.fr. La capsule Maidens est également disponible sur le site, mais fais vite.



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Par Nicolas

esco.griffe sur instagram. Fatigue pour les intimes.

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