CTR #2 – Cette Tenue Raconte que le style ne s’achète pas

victoire satto en blouse vintage nana boyish et blazer noir rick owens
#CetteTenueRaconte – Victoire Satto – Blazer Rick Owens & blouse en dentelle vintage

Deuxième opus, après avoir chahuté les préceptes du genre vestimentaire et brodé du sashiko comme pour prendre ici racine, je vous propose une rencontre du 3e type entre Rick Owens et mon arrière grand-mère. Et d’essayer de ne pas filer trop de métaphores.

In(tro)spection de dressing

Vous êtes déjà demandé :

  • Pourquoi, ados, nous étions si mouvants dans nos esthétiques ? Un jour émo, un autre discret. Croptop ou baggy fidèles à nos idoles. Pop ou grunge incurique, lobe d’oreille auto-percé et t-shirt #NoFutur de récup.
  • Pourquoi certaines personnes habitent leur style, quels que soient la marque ou le prix d’un vêtement, tandis que d’autres ressemblent à des sacs estampillés de logos luxe ?
  • Pourquoi on vous rebat les oreilles avec l’histoire du vêtement, les matières d’antan solidement tissées , les coupes à tester plutôt que les modes à suivre (le slim, quelqu’un ?)

Si non, prenez quelques minutes pour y penser. Si oui, CONGRATS ! Vous êtes sur la voie du graal stylistique. SPOILER : elle est sans fin.

Le style est en perpétuelle construction

Au-delà de l’apparence et des connotations futiles qu’on lui prête, le style est profondément identitaire. Il change avec nos corps mouvants, au gré des années, des événements de vie incarnés (comme la grossesse) ou extérieurs influents (comme un deuil).

Adolescents, le style contient nos émotions, parées dans la discrétion pour celles et ceux qui rasaient le murs, ou messager de nos protestations et des mouvements de luttes auxquels on appartient avant même qu’on ouvre la bouche*.

Jeunes adultes, on arrête souvent d’y réfléchir (comme au fait de savoir si cette vie nous convient). Nous embrassons les codes et le costume d’une catégorie sociale et professionnelle. On voyage dans l’esthétique avec les œillères du prêt-à-porter, comme on parcourt ces pays étrangers où l’on visite uniquement les spots Instagramables : on fait des belles photos qui ressemblent à tout le monde, en passant à côté de l’essence de l’expérience.

victoire sattoblouse conseil style

Un style personnel contient des éléments qui au départ s’entrechoquent pour finalement s’entremêler, et avec eux, nos potentiels multiples.

Des influences japonaises et du sartorialisme italien. Du techwear sans noblesse et des tweeds écossais porteurs de savoirs ancestraux. Un sweat de soirée corpo et une jupe longue plissée en crêpe de soie fuchsia, sneakers-iconiques-à-la-virgule aux pieds (de seconde main, de grâce).

 Un rayonnement extérieur qui part de soi

Le style, pour être travaillé, requiert de regarder son nombril bien plus que son feed Instagram.

Il se cultive de l’intérieur, se nourrit de sources multiples à la terrasse de cafés, dans des vieux albums photos, dans des films ou éventuellement sur les comptes de personnes à la personnalité bien trempée dont généralement, on envie « l’art d’être au monde » bien plus que l’habit en lui-même.

victoire

L’élégance vraie est intuitive, c’est une extension de sa compréhension de notre société et de la juste place qu’on y trouve. L’ado se cherche. Le jeune adulte se conforme. L’adulte se forge un style / des avis / une culture / un réseau / des idéologies qui le définissent.

Plus ses inspirations sont vastes, plus il maîtrise l’histoire du vêtement et son sujet lui-même, plus il aiguise son esprit critique et enrichit son bagage stylistique, un peu plus proche de soi.

Blinded by the (ads) lights

Le prêt-à-porter est un prêt-à-penser qui appauvrit et rend étroite notre relation à l’image, celle que l’on se construit et que l’on renvoie.

Si l’élégance possède une part d’intuition, elle se travaille comme un muscle. Et – nouvelle merveilleuse – plus on le cultive, plus notre relation à notre dressing est durable et plus on amortit dans le temps son impact environnemental.

Plus nous nous connaissons et sommes en cohérence avec nos vêtements, moins nous succombons aux sirènes du marketing nous expliquant à grands renforts de shootings et de slogans tapageurs à quelle point notre existence serait plus belle et notre identité plus affirmée si nous achetions ce nouvel objet.

Alors cette tenue, que raconte-t-elle, finalement ?

victoire satto en blazer noir rick owens et pantlaon vintage avec boots louis vuitton

Elle parle des inspirations militaires de mes grand-pères, à travers des boots montantes vernies qui sont la signature de beaucoup de mes outfits hivernaux. Griffées Louis Vuitton, achetées quasi neuves (environ 15% du prix) sur Vestiaire Collective.

Elle raconte mon amour des pantalons masculins à plis, deux ou trois sur le devant, et pour la couleur bleue entre Klein et nuit que tu peux, je t’assure, te risquer à porter en dehors du denim.

Elle dit aussi le soin avec lequel la•le couturier•e de quartier qui avait fabriqué celui-ci sur-mesure s’était appliqué•e, pour qu’il traverse les époques jusqu’à moi. Il date approximativement de l’année de ma naissance, 1988. Je l’ai dégoté en 2019 dans une boutique de seconde main du 10e.

pantalon à pinces homme bleu
pantalon à pinces pour homme

Cette tenue fait aussi état de mon aptitude à piocher dans le vestiaire masculin, avec plaisir et à loisir. Elle partage l’allégresse ressentie à chaque fois (nombreuses dans une semaine) que j’enfile cette ceinture taille haute riquiqui, signée Yves Saint-Laurent, elle-même vintage, chinée aux puces de Saint-Ouen (marché Dauphine, 1er étage. Je n’en dis pas plus, vas, chine et deviens !).

ceinture Yves saint laurent vintage
ceinture en cuir vintage Yves Saint Laurent

Elle tisse un lien à la fois filial et de sororité à mon arrière-grand-mère, ayant fait fabriquer cette blouse en crêpe de soie dans les années 30 (elle était née en 1898). Déjà #NanaBoyish elle-même avec ce nœud papillon intégré, cependant frivole dans la transparence offerte de ce qui s’apparente presque à un déshabillé, que j’ai repris moi-même pour l’ajuster à ma taille lors de mon arrivée à Paris en 2011.

noeuf papillon blouse

Cette tenue trahit enfin mon amour inconditionnel pour le travail de Rick Owens. Le noir sublime, la coupe millimétrée, la doublure en satin, la rigidité de l’armure de ce tissu, la signature délicate et discrète brodée sur le col à l’intérieur. Le luxe n’a pas besoin d’être ostentatoire, le contraire est probablement son ultime définition pour moi.

victoire satto en blouse blanhe et blazer rick owens
blazer noir Rick Owens
blouse vintage 1930 en dentelles
blouse vintage des années 30
épaule blazer tailleur rick owens
l’épaule signature de Rick Owens

S’habiller est une pratique spirituelle, une célébration quotidienne de l’individu•e, la voix de ses valeurs et le vecteur de sa créativité. « Rien ne vaut plus cher que ce qu’on a dans la tête** », à nous de ne pas remettre notre libre-arbitre vestimentaire aux mains du système capital des marques. Considérons que le style ne s’achète pas. Dépensons du temps plus que de l’argent pour nos idées, investissons dans une esthétique que le plus cher des objets vestimentaires ne pourra jamais s’offrir.

*Je vous recommande la lecture suivante : Le journal d’un corps de Daniel Pennapa

 **Moussa – Gova

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