Avant toute chose : bonnes fêtes !
C’est le moment des bonnes résolutions. Celui où l’on promet d’innover, de faire évoluer le contenu, d’en faire toujours plus et toujours mieux. J’en profite donc pour introduire aujourd’hui un tout nouveau concept que j’ai appelé « rétrospective ». Ça veut dire « regarder en arrière ». Pas mal, non ? J’ai aussi envisagé de nommer ça wrapped, ou un truc du genre. Je pense que je tiens quelque chose, mais je dois encore y réfléchir.
Bref, j’avais envie d’écrire — comme tout le monde — un top fringues 2025. C’est-à-dire uniquement des pièces que j’ai achetées, et pas forcément sorties cette année ni encore disponibles. Ce n’est pas une ferme à affiliation ici.
Bon, je sais que ce n’est quand même pas très original, mais la manière de le faire a son importance. Si tu suis quelques comptes sape sur les réseaux, tu as sûrement vu passer ces tas d’étiquettes aux noms familiers, lesquels s’agrandissent au fil du doomscrolling. Ou, plus classique encore, des carrousels alignant les fringues les plus chères du marché : souvent toutes noires, souvent un peu chiantes. En photo et parfois dans la vie.
Je n’ai absolument rien contre les baleines qui font vivre des marques qui le méritent et qu’on a envie de voir perdurer. D’ailleurs, je suis avec grand plaisir des comptes comme @reverz ou @haya_nao, pour n’en citer que deux. Mais ces dernières semaines, il y a quand même un truc un peu répugnant. Un trop-plein. Comme un repas de fêtes qui dure sept heures, où toutes les choses mignonnes de la terre et de la mer ont été massacrées pour qu’on comate avant même que le fromage arrive.
La surconsommation semble universellement condamnable quand elle concerne les pauvres. C’est nettement moins évident chez les autres, surtout chez ceux qui fréquentent les hauts lieux de la distinction. Faire la queue pour Shein, faire la queue — sans trop savoir pourquoi — pour le dernier drop A.Presse, ou planter sa tente la veille de la braderie The Row pour s’acheter l’idée d’une mode quiet luxury… Dans tous les cas, ça me dégoûte un peu. Et je dois dire que ça tue mon intérêt pour la chose sapologique, au point d’en perdre l’appétit.
Il y a aussi quelque chose de plus spécifique au milieu du menswear « de qualité ». Bien sûr, tout le monde n’a pas le même rapport aux vêtements, ni les mêmes moyens. Mais voir les influenceurs du moment — gros comme minuscules — baver collectivement sur une même pièce « rare » finit par contredire le propos initial. C’est le revers de la médaille d’une mode qui n’a jamais été aussi accessible, même dans « notre » niche.
Si je ne suis pas un grand partisan du gatekeeping, je commence malgré tout à éprouver une certaine sympathie pour les créateurs japonais qui se foutent complètement de ce qui se passe hors de l’Archipel. Peut-être que c’est de ça dont on a besoin en 2026. Et certainement moins de débats sur qui est le plus puriste, sur qui a le droit de porter — ou même d’acheter — du Comoli. Ou, pour le dire autrement : qui mérite les parts d’un marché bien trop petit pour contenir les égos de special snowflakes ayant délaissé Instagram pour Substack.
Mais l’heure n’est plus aux indigestions. L’idée, ici, est simplement de partager mon amour pour des pièces (et des marques) cool. Des vêtements qui seront portés et reportés, je l’espère, pour les années à venir.
Yoko Sakamoto
J’ai récemment parlé de Yoko Sakamoto, en te présentant une chore jacket écrue que j’aime beaucoup — et surtout de la tendance japonaise dans laquelle la marque s’inscrit : workwear-chic, « elevated », + ce que tu veux. L’ennoblissement de vêtements du quotidien, ici très kinorien dans la forme.

Car il y a évidemment plein de manières de faire ça. Chez SSStein, il y a un truc très Hermès période Margiela, sans la discrétion. Auralee lorgne aussi du côté du luxe occidental, avec une bonne dose de normcore. Kaptain Sunshine pioche davantage du côté military et workwear. Et Yoko Sakamoto, donc, propose quelque chose qui rejoint un courant que l’on pourrait appeler « artisan-chic ». Oliver Church, Chez Vidalenc, MAN-TLE, Casey Casey, Evan Kinori, comme cité précédemment… Autant de marques qui aiment la texture, les matières (faussement) rustiques, les teintures naturelles, sans pour autant faire dans l’avant-garde — comme le souligne l’ami Mat. En gros : c’est très facile à porter, et tu n’as pas besoin d’être un modeux du Marais en phase terminale pour assumer tes achats.
Ne souhaitant pas tout foutre au feu à chaque nouvelle lubie, j’aime l’idée de pouvoir saupoudrer mes tenues avec des pièces qui ont du caractère sans non plus finir chez Jan Jan Van Essche. D’où l’achat d’une deuxième veste Yoko Sakamoto, collection SS24, à nouveau d’inspiration workwear, mais avec cette fois un côté « veste de costume informelle » à l’anglaise, un peu dans l’esprit de ce que peut proposer MHL.
À la différence près que l’accent est ici mis sur la matière : un canvas soie/lin, tissé en low tension et développé par la marque. Le fil de chaîne est en soie pongee, dans son acception ancienne (on ne parle pas ici du pongé tout lisse et standardisé), proche de ce que tu connais peut-être sous le nom de « soie sauvage ». Plus sèche et plus rustique qu’une soie classique, et plus facile d’entretien. Le fil de trame, en lin, apporte de la structure (la veste est non doublée). Le traitement stonewash vient assouplir l’ensemble et faire ressortir les contrastes.

On obtient un produit très japonais : l’obsession du neuf qui rencontre l’impression de toucher un vêtement porté depuis des décennies. J’adore ces deux vestes, et ce que fait Yoko Sakamoto, pour cette approche. Car je dois dire que je me fous un peu des vêtements vintage et du monde de la fripe en général. Surtout des histoires du type : « Michel a porté ce bleu de travail pendant cinquante ans et voilà, maintenant je glande avec au café hype du coin ». Je préfère mes taches de peinture quand elles sont intentionnelles. Et c’est encore mieux quand elles ornent une fringue pensée pour aujourd’hui, c’est à dire avec une coupe contemporaine.
Porter Yoshida
J’achète peu de vêtements chaque année et je fais en sorte d’avoir un vestiaire réduit. Chaque pièce doit être portée, ou bien revendue. Je ne vise pas la capsule wardrobe non plus, car je fonctionne au coup de cœur, et puis j’aime la vie. Il est difficile de faire en sorte que tout fonctionne ensemble sans finir par se fournir exclusivement au même endroit. Et donc s’ennuyer profondément. Par exemple chez Lemaire, comme ce mec — probablement millionnaire — qui paye toutes les vacances de Christophe.
Il y a donc certaines catégories que j’ai un peu délaissées, notamment les accessoires. Je suis en train de rattraper mon retard, mais j’ai du mal a mettre le prix d’un outerwear dans un sac ou des bagues. Heureusement, il y a Vinted (et Mercari…). Surtout pour une marque comme Porter Yoshida, vendue à des prix prohibitifs en Occident.
Une longue introduction pour en venir au fait que j’ai chopé un « Tanker », en version shoulder bag L, à une fraction du prix retail, et que c’est objectivement mon meilleur achat de l’année. Oui, normalement on garde ça pour la fin quand on veut empêcher ses lecteurs de partir faire autre chose. Mais il y a quand même une fausse note : la couleur.
Cet emblématique sage green du bomber MA-1 militaire, reproduit par la marque. Très cool, certes, mais ça ne fonctionne pas tellement avec mon vestiaire dans l’ensemble (d’ailleurs, si quelqu’un veut échanger contre le même en noir…). C’est donc davantage un sac de voyage qu’un sac du quotidien pour moi. Et c’est déjà pas mal. Car il est vraiment excellent pour cet usage, surtout en avion. Super bien pensé, super bien foutu. Et qui fait aimer le nylon, à la Monitaly.
Mfpen
Mfpen est la marque nordique que je préfère, loin devant Our Legacy, pour citer sa fausse jumelle. Je pourrais très facilement m’habiller de la tête aux pieds chez la première (bon, peut-être que je tricherais un peu en échangeant les affreuses derbies à bout carré sorties cette année pour les bonnes vieilles Camion Boots…), alors que l’exercice chez la seconde me semble nettement plus douteux.
N’ayant pas envie de me limiter artificiellement à un top 5, je vais mentionner ici trois pièces, en commençant par un cadeau reçu à Noël : une écharpe en laine double face à carreaux qui, cette fois, va avec absolument tout ce que j’ai chez moi. Elle me fait penser à un modèle qu’aurait pu faire Auralee si la marque japonaise s’adressait aux gens tristes, et qu’elle privilégiait le plastique au baby cashmere. 70 % de laine… Je pardonne tout car elle est vraiment belle, mais il n’y a pas vraiment d’excuse à lui trouver.

Ensuite, deux vestes à nouveau. La première : la « Room Jacket » de la collection automne-hiver 2022, achetée fin 2024 et portée sans cesse depuis. J’ai donc décidé que ça comptait quand même pour 2025. Une veste en laine à chevrons marron, drop shoulder, avec deux grandes poches façon hunting jacket. Entièrement doublée, mais pas très épaisse pour autant. Le drap de laine est très souple, l’ampleur permissive — ce qui est, ici à Lyon, une bonne chose. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle je la porte trois saisons sur quatre. Parfaite pour le layering, très confortable, dans une couleur qui apporte de la lumière à une tenue hivernale. À superposer « à l’envers », en mettant du plus sombre en dessous.
Parlons enfin de l’éléphant dans la pièce : la fameuse Fireman Clasp Jacket de l’été dernier. Seul vêtement acheté au prix fort de la liste — précisons-le. Il y aurait beaucoup de choses à dire, notamment sur ma condition de fashion victim, mais je vais t’encourager, encore une fois, à jeter un œil à un autre article de Mat à ce sujet. Ce qu’il faut en retenir, à mon humble avis, c’est que nous vivons à une époque où une même chose peut être cool et vraiment pas cool à la fois.
J’ai décidé personnellement, pour ma santé mentale, d’ignorer toutes les saloperies à attaches métalliques qui inondent aujourd’hui le marché, bien heureux d’avoir chez moi une pièce réussie, ayant connu un sold out éclair.
La coupe cropped, les empiècements en velours côtelé noir, le délavage du denim et, bien sûr, les clasps fournis par un fabricant italien qui équipait les « vrais » pompiers : autant d’ingrédients d’une réactualisation bienvenue, au résultat à la fois beau et pratique.
Chose amusante : Mfpen a montré récemment la « nouvelle version » de la veste pour la collection printemps-été 2026. Et les clasps ont été remplacés par… de simples boutons. Respect.
Burgaud et orSlow
J’avais conclu mon article sur Burgaud par une phrase que je ne suis pas du genre à écrire à la légère : « Je crois avoir trouvé chez Burgaud les jeans amples que j’ai toujours voulu porter ». Je le pense toujours. Valentin fait vraiment du bon travail et mérite amplement d’être cité dans cette rétrospective. Si tu cherches un jean brut ample, franco-japonais, un peu modeux, et que le purisme à la Superstitch ne te parle pas spécialement, je te conseille vraiment d’essayer.

orSlow n’est pas un nom qui me fait rêver de prime abord. Peut-être que c’est mon côté poseur, mais c’est une marque japonaise qui semble parfois davantage appréciée en Occident qu’au Japon. Les matières sont sympas, mais tu sens bien que ce n’est pas l’argument de vente principal. C’est de l’hommage, avec des coupes très classiques. Le genre de fringues workwear que tu choppes chez Merci, avec une paire de RoToTo. Je ne dis pas que c’est un poil ringard, mais… OK, je le dis.
Et pourtant, c’est bien un jean orSlow que je mets à l’honneur aujourd’hui. La marque propose depuis peu une nouvelle coupe ample, la « 100 Super Dad » — que j’ai d’ailleurs découverte via une première collaboration avec Evan Kinori. Un jean décrit comme baggy, et effectivement porté comme tel par les Japonais, mais dont le rendu sur moi est plutôt celui d’une belle coupe droite, légèrement tapered, avec une ouverture de jambe généreuse.
La taille est assez haute (comprendre : une fourche plutôt longue, mais pas excessive) pour pouvoir le poser confortablement sur les hanches et régler ainsi le problème de la longueur. Car oui, c’est un peu court si, comme moi, tu fais plus d’1m85. On a donc ici un super jean, non selvedge (ça tombe bien, ça n’a strictement aucune importance) dans un délavage gris polyvalent. Pas d’excès de texture. C’est souple et très bien coupé. Une vraie bonne surprise chez une marque que je ne regardais plus, faute professionnelle.
Arpenteur
Chaque année lyonnaise est rythmée par deux grands événements : la braderie Arpenteur de l’été. Et celle de l’hiver. Blague à part, s’il y a une marque française qui mérite d’être achetée retail, c’est bien Arpenteur. Alors ne fais pas comme moi — car j’aimerais aussi continuer à étoffer mon vestiaire sans vendre un rein.
2025 a été un grand cru, puisque j’ai ajouté trois pièces à la rotation. Dont deux qui n’ont jamais connu de production en série. C’est surtout pour ça que j’aime les braderies, pour être honnête. Pour les samples : ces exemplaires uniques, fabriqués selon les mêmes standards que le reste (pas de matière au rabais, pas de tests en calicot, mêmes teintures, et des pièces souvent montées directement en interne).
D’abord, un très beau pantalon cargo que je t’ai déjà montré dans mon article sur les marinières. J’en suis très content. Là aussi, c’est un peu une fringue de voyage, comme mon sac Porter. Il n’y a rien de plus pratique que quatre grandes poches avec boutons-pression. Je le traite comme un jean : un vêtement que je peux tacher, malmener, puis laver.
Certes, c’est un cargo vert, et ce n’est pas forcément mon univers. Mais le côté military ne prend jamais le dessus, car l’approche est minimaliste. La matière est belle, la teinte subtile. Et en même temps, ce n’est ni précieux ni forceur. C’est très Arpenteur, pour le dire simplement. J’espère qu’ils continueront à proposer ce modèle (qui existe uniquement en lin), car une version hivernale dans une laine un peu précieuse serait une excellente idée.
J’avais déploré l’absence de coloris rouge pour le pull « Source » dans mon article sur la collection automne / hiver 2025. J’ai bien sûr demandé à l’équipe, innocemment, s’il n’y avait pas un test de teinture qui traînait dans les cartons. Et voilà comment on dépense deux fois plus que prévu.
La teinte est superbe, pas flashy. La coupe, relaxed avec un beau drop shoulder, se rapproche assez de mon « Dyce » rose-gris. Le mélange laine / cachemire est très agréable. Je vais pouvoir arrêter d’enregistrer chaque post avec un vêtement rouge qui passe sur Instagram.
Concluons ce top de l’année avec un « classique » Arpenteur. La veste « Contour », que porte Boras depuis plusieurs saisons déjà.
Une polaire en laine à col montant et à boutons, pensée pour être portée sous un manteau. C’est simple, c’est très bien, et je n’ai pas grand-chose de plus à dire. Je sais qu’il y a un truc un peu ironique après mon intro, où j’évoquais ces pièces noires et chiantes qui ne me faisaient pas rêver. Mais parfois, on n’en demande pas plus. Je la porte tous les jours, ou presque.
Le mélange avec du mohair, celui de l’année dernière, est très léger tout en tenant bien chaud. J’ai pris du XL pour pouvoir passer un gros pull en dessous et obtenir un rendu un peu slouchy au-dessus d’un t-shirt. Mon seul regret : ne pas avoir acheté ça plus tôt.
Le mot de la fin
Voilà pour cette « sélection » très personnelle. Maintenant que j’ai beaucoup parlé de moi, j’ai bien envie de te demander quel est ton top sapes de l’année, à toi aussi. Mais les commentaires sont une denrée rare sur les blogs à notre époque. Je tente quand même.
N’hésite pas à partager tes achats réussis ci-dessous — des pièces portées, aimées, gardées. Pas forcément les plus chères ni les plus rares. Celles qui te parlent.































