Cinq rangées de baskets vintage, une dizaine de boîtes empilées siglées Adidas, Converse, Vans. Les plus reconnaissables : Stan Smith, All Star, Authentic. Et Kema, assis aux côtés d’une impressionnante collection pour quelqu’un qui, comme moi, a un peu de mal avec les sneakers. Quelques paires de Nike surnagent, mais on comprend assez vite que le logo fait tache. Même sans piger un mot de coréen sur cette vidéo qui ne m’est vraisemblablement pas destinée — je laisse le son au cas où — il est question de formes, de couleurs, d’une certaine quête plutôt que de collectionnite aiguë.
Trois paires, dont une aux pieds du fondateur de la boutique parisienne confidentielle SEE FAN, se détachent en fin de course. Pas tellement l’illustration de la théorie de l’évolution, puisque l’idée est ici de revenir en arrière. Mais une lignée directe, certainement. Kema, avec sa marque Dré, présente ici une seconde collaboration avec la marque coréenne méconnue Catchball.
Méconnue dans le sens où il n’est plus nécessaire de présenter Moonstar, Asahi, Wakouwa et autres spécialistes japonais de la basket vulcanisée. Catchball, elle, nous arrive seulement par bribes. Via des rencontres avec des noms comme Noah, East Harbour Surplus ou encore Todd Snyder. Fabriquées à Busan dans l’une des dernières usines de vulcanisation du caoutchouc et employant comme matière signature une toile de coton épaisse japonaise, Okayama Kurashiki hampu, ces baskets n’ont cependant rien à envier à leurs homologues.
À la manière d’un Reproduction of found il s’agit d’abord de s’inspirer des ancêtres de nos sneakers contemporaines : les archétypes portés par les enfants américains, les premiers basketteurs, les militaires dans les années 50 et 60. Et de rejeter, d’une certaine manière, une vision contemporaine de la basket jetable. La collection de Kema, si elle nous semble familière au premier regard, parle pourtant d’un temps révolu : Stan Smith fabriquées en France, Converse et Vans fabriquées aux USA. Pas seulement une histoire de délocalisations, de matériaux moins qualitatifs, c’est aussi et surtout une question de formes.
Les sneakers des années 80 à 90 se caractérisaient par un avant-pied plus allongé et une pointe plus resserrée, ce qu’on associe instinctivement à une notion de « formalité » dans le monde de la chaussure. Pas un hasard si les deck shoes choisies par une marque qui tend vers le soft tailoring comme Officine Générale pour casualiser ses costumes sont des Asahi, un profil nettement plus effilé que les Vans actuelles. Kema, en collaborant avec Catchball qui possède encore les moyens de travailler ce genre de formes, amène une vision de la Converse-like qui me parle particulièrement : polyvalente, inclassable, libérée du logo. Il y a quelque chose du purisme là-dedans. Comment ne pas respecter un mec qui nous conseille de choisir sa paire une taille au-dessus, puis de serrer davantage les lacets afin d’arriver à sa conception singulière du fit idéal ?
Si Dré est un projet qui passe un peu sous les radars, dimension internationale oblige, je dois dire que je suis souvent séduit par l’approche de Kema et que cette collaboration ne fait pas exception. Le choix des couleurs, notamment, est toujours juste. Ces « BL-shoes » (probablement pour Baseball) sont proposées dans trois teintes subtiles pensées pour se bonifier dans le temps : un gris charbonneux passe-partout, et pourtant peu commun, qui me fait de l’oeil, un moutarde qui peut faire peur aux non-initiés, et enfin un bleu très réussi dans une toile chambray dense. Des couleurs à la fois fortes et étonnamment faciles à porter, neutralisées par un rendu muted. Si tu as besoin de preuves, c’est sur le compte instagram @see_ke que tu en trouveras. Kema multiplie toujours les tenues, les associations fertiles. Une vraie bonne source d’inspiration.
La collaboration Dré x Catchball est disponible sur le site de la marque et en boutique SEE FAN au 11 rue Pastourelle, Paris 3e.










